A
Sucre, sous le nom générique Canto Sur, plusieurs activités sont développées,
s'inscrivant dans un projet culturel axé sur la transmission des valeurs
traditionnelles fondamentales que représentent la musique (ateliers de pratique
individuelle et collective, et fabrication d'instruments), et le tissage. Canto
Sur est également le nom d'un groupe musical comprenant 7 musiciens, qui a déjà
effectué plusieurs tournées en France.
LE
GROUPE CANTO SUR
Heyson
et Arsenio sont pour quelques mois en Allemagne où ils vont animer des ateliers
musicaux ; la tournée 2008 en France et en Allemagne s’annonce pour mai et
juin. La santé de Vicente devrait lui permettre d’en faire partie.
LA
FORMATION MUSICALE
Le suivi de l’évolution des jeunes musiciens sur plusieurs années est très intéressant, et atteste de la qualité de la formation. Les petites filles qui connaissaient trois accords de charango sont devenues des jeunes filles autonomes et pleines de personnalité. L’espace de liberté donné à chaque élève et à chaque groupe est aussi surprenant qu’intéressant. Dès qu’un élève est capable de jouer un petit quelque chose, et même avant, il intègre un groupe formé d’instruments différents, et à lui de jouer. Chaque groupe se dote d’un nom, a un caractère particulier, et choisit les morceaux qu’il veut travailler. Les adultes interviennent en fonction des besoins pour indiquer une suite d’accords, une deuxième voix, déterminer une tonalité adaptée.
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Parmi les groupes constitués, les jeunes filles de Quillawara (Lune et étoile), qui débutaient tout juste l’an dernier ; les garçons de Tuta Puris (Caminantes de la noche), assez hétérogène puisqu’il comprend des ados, des jeunes de 10 ans, et le très jeune Joaquín, mais dont la musique est très homogène ; les jeunes gens de Raices de Bolivia, en terminale ou en fac, autonomes, qui composent et font des recherches d’arrangements, et trouvent à l’atelier local de répétition et assistance technique. |
Les
jeunes filles timides il y a 5 ou 6 ans du groupe Raymi,
sont devenues des jeunes femmes, travaillant à La Paz, Cochabamba, Oruro. Le
groupe s'est retrouvé presque au complet grâce aux vacances. Nostalgie des
temps heureux où elles partageaient la musique et beaucoup plus que celà.
Leurs réflexions montrent que l’Atelier ne leur a pas offert que la
possibilité de mener à son terme un travail musical de qualité, mais bien une
manière d'envisager la vie et un engagement social : l’une travaille
avec des enfants de quartiers défavorisés et rédige sa thèse sur
l’utilisation de la culture native pour l’éveil des enfants et la
valorisation de leur auto-estime , l’autre travaille avec des enfants
« à capacités différentes », la troisième pour une ONG, et la
plus jeune termine ses études d’infirmière. L’Atelier Canto Sur ne forme
pas que des oreilles et des doigts...
L’atelier se consacre également à un public particulier, avec les jeunes du « Hogar Sucre ». Il s'agit d'un foyer, centre fermé, dépendant de l’état, qui accueille une quarantaine de jeunes de 7 à 17 ans, pour la plupart orphelins et accidentés de la vie. Ils sont répartis en trois groupes d’âge. L’objectif de la direction du Foyer est que la structure soit fermée, que les jeunes soient scolarisés et se soumettent à certaines tâches collectives, qu’ils soient nourris et propres. Pas de sorties ni d’ouverture, rien de ce que Vicente appelle « le développement intégral ». C’est pour combler en partie ce manque qu'il a proposé d'intégrer les jeunes aux activités de l’atelier. Ce qui ne va pas sans mal, la structure étant rigide : il faut demander une autorisation qui remonte la chaîne hiérarchique pour chaque sortie et chaque activité. Ces jeunes seront pourtant lâchés à 17 ans sans aucun suivi ni aucun soutien...
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Cinq
ou six d'entre eux ont choisi le travail de lutherie, qu'ils réalisent
pendant les week-ends en même temps qu'une pratique musicale plus
approfondie. Les autres jeunes travaillent en groupe flûte de pan et
percussion, et maîtrisent déjà un répertoire de base. Les groupes
lyonnais Kinua et Jacha Uru ont donné il y a quelques
mois un concert dont les bénéfices ont permis l’achat
d’instruments (flûtes de pan, guitares, percussions) permettant cette
pratique musicale, fenêtre sur le monde. |
LA
FABRICATION D’INSTRUMENTS
L’atelier se consacre pour le moment à la fabrication de charangos et de quenas.
Celle des quenas, en bois, avec ou sans embouchure en os, est bien rôdée. Leur finition est parfaite.
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La production de charangos a commencé. Cinq instruments ont déjà été réalisés de bout en bout par les jeunes du Foyer. Les résultats sont très encourageants. Tout ce qui est travail du bois est de bonne qualité, il faudra améliorer le vernis, les finitions, et revoir quelques problèmes de lutherie. Une des difficultés de la mise en place de ce travail de lutherie vient du fait qu’aucun fabricant de charango n’a accepté de venir transmettre son savoir, qu’il garde jalousement. Adultes et jeunes apprennent donc sur le tas, en cherchant des solutions pour corriger les erreurs. Les diapasons ont été copiés sur des charangos de tailles différentes, avec succès, puisque tous les instruments terminés sont très justes. |
La
mise en place de cette activité a été rendue possible par l’acquisition et l’installation
des machines (raboteuse, dégauchisseuse, tour mécanique, ponceuse à
bande, scies sauteuses fixes, scies circulaires et ponceuses manuelles) qui
complètent l’équipement succint des débuts (un tour à bois).
Sur
le plan de l’équipement, il manque encore une scie circulaire fixe ; il
faudrait également installer un toit en plaques transparentes au dessus des
machines, à l’air libre pour le moment. Tant que la vente des produits finis
ne peut couvrir les besoins, il faudra trouver un financement pour la matière
première.
La
petite touche « Canto Sur » se retrouve dans la production des
jeunes : un espace de liberté a été ménagé pour que chacun
personnalise son instrument, en créant la forme de la tête du manche et la
rosace à sa manière.
Un
exemplaire de cette première série de charangos m’a été confié à titre
d’échantillon.
LA
MORENADA
L’hommage
à la Vierge de Guadalupe, patronne de Sucre, est incontournable pour tout ce
que la ville compte d’associations, groupes sociaux et professionnels,
« fraternités » de toute sorte, et bien évidemment pour les
groupes musicaux. La préparation du défilé, qui a lieu chaque année en
septembre, mobilise toutes les énergies au moins un mois à l’avance. Chacun
se doit de recruter des danseurs, les faire répéter, trouver costumes et
fanfare, et ainsi tenir son rang dans la ville.
A
partir du mois d’août, les activités de Canto Sur sont donc tributaires du
temps passé pour les répétitions de la Morenada. Ramiro, un jeune professeur
de musique, a été embauché cette année pour que les ateliers puissent
continuer à fonctionner.
LE
TISSAGE
La communauté de Jatun Cruz, que Canto Sur a aidée à ses débuts, a maintenant une existence juridique établie, et est pratiquement autonome, grâce à l’association A4CM, qui offre un débouché équitable à ses produits.
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En revanche,
d’autres associations de producteurs de la même région, assurant la
même qualité de tissages, sont à la recherche de structures leur
permettant de vendre leurs produits sans engraisser les intermédiaires. Ainsi, l’association ASOPRATA y AMOJY, de Tarabuco, qui regroupe depuis quatre ans une vingtaine de jeunes tisserands. Leurs tissages, dont les plus grands sont de vraies bandes dessinées racontant des histoires, sont très fouillés et comportent une multitude de motifs, narratifs ou ornementaux. Ils demandent deux à trois mois de travail, les prix de départ sont donc relativement élevés.
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